Création : ce geste qui répare
Je te fais voyager dans mon processus créatif
“La création artistique peut être comprise comme une tentative de recréer et de restaurer un monde interne brisé.” - Hanna Segal "Art and Creativity" (1952).
Plus j’avance, plus je comprends que créer est l’un des gestes les plus essentiels que je puisse poser dans cette vie. Quelle que soit sa forme, la création me répare, me console, me redonne de la force. Elle fait partie de mon équilibre, de ma façon de traverser le monde.
Quelle est l'histoire de ce désir de création ?
Un soir silencieux de mars 2020, le monde s’était mis sur pause. Moi aussi. J’étais enfermée, seule, et je tournais en rond entre mes murs. J’avais l’impression de disparaître. Alors j’ai attrapé ma guitare. J’ai chanté quelques mots, et une mélodie est née. Simple, maladroite, mais vivante. C’est là que tout a commencé.
Avant 2020, la création musicale me paraissait inaccessible. Comme un rêve trop grand pour moi. Pendant ce confinement, dans cet espace de vide et d’impuissance, les premières chansons sont venues. Elles ont jailli d’un mélange de confiance naïve et de nécessité urgente. Il fallait que ça sorte. Que je m’invente un monde à moi, fait de sons, de mots, de sensations. Les textes et mélodies venaient à la guitare-voix, sans filtre, presque comme on écrit un journal intime. L’inspiration semblait couler toute seule.
Je peux raconter une de mes phases de création. Par exemple une est survenue suite à un moment de trouble et de tension lié à un évènement extérieur. Je me suis sentie blessée, comme une poupée de chiffon – à l’image des créatures étranges de Numéro 9 de Tim Burton. Et dans ce chaos, une petite colère surgit. Un nuage chargé d’orage qui gronde doucement : Qu’est ce qui ose me faire du mal ? Cette énergie devient moteur. Elle se transforme en un élan créatif. Ensuite vient une phase d’introspection, comme une machine à laver intérieure. Je tourne, je retourne, je rince. J’ai besoin de nettoyer une blessure invisible, de retrouver un dedans à moi. Et puis je rends à l’extérieur ce qui m’a traversée mais ne m’appartient pas.
Alors, comment je créée ?
Je me nourris de tout : lectures, conversations, musiques de tous styles, fragments du quotidien. Depuis l’enfance, je capte les mots volés dans la rue, les sensations furtives, les images qui frappent. Une phrase dans un livre peut devenir un titre, une émotion, une chanson. La curiosité est mon moteur. Le livre Faith, Hope and Carnage, dialogue entre Nick Cave et Seán O’Hagan, m’a profondément touchée. Il m’a appris que créer, c’est accueillir sa vulnérabilité sans devenir fragile, c’est accepter le silence, la lenteur, l’introspection. C’est un travail intérieur autant qu’artistique.
Mon désir de créer est primaire. Il naît dans le corps, dans les sensations, avant de se construire dans la pensée. Une ambiance sonore s’impose, un rythme, une émotion brute. Mon corps sait : il me dit si c’est juste. Ensuite, je cherche le sens, je travaille par strates, dans un va-et-vient parfois inconfortable entre l’instinct et l’intellect, entre le sensoriel et le signifiant.
Créer, c’est aussi une démarche introspective, presque narcissique : je me regarde à l’intérieur, je pleure mes blessures, je les transforme. Je rejoue ce processus encore et encore. J’aime cette idée de jeu – de tension et de relâchement, d’attaque et de recul. Je me laisse traverser, j’expérimente, je rate, je recommence. Certaines idées doivent mûrir. Mais je suis obstinée : je sais qu’elles finiront par naître. Car derrière chaque création, il y a cette nécessité urgente de faire exister ce qui me dépasse. Et l’espoir, même infime, de toucher quelqu’un. Peut-être même de changer un petit bout du monde.
A très vite,
Emma
La licorne est une allégorie du retour à l'enfance et à l'innocence, et une consécration de la différence face à la standardisation.
Amazonal – Emma Blune (2024) Tempo 125 BPM Ça pourrait être excitant De retourner dans le temps Nostalgique de l’époque originelle Dans ce futur inévitable rien ne semble invitant Sauf l'éclat de tes bras ouverts, m’appelant Ama, Amazonale Mon énergie vitale Et ma force animale Ama, Amazonale Mes lèvres sur le graal Mon esprit en cavale Amazonale écoute ici





Merci Emma d'avoir partagé ton processus créatif, je suis tellement curieuse de savoir comment les autres créent ahah!
Je me reconnais beaucoup dans ton amour pour le quotidien et ce qu'il t'inspire. J'ajouterais que parfois, les éléments qui me donnent le plus envie d'écrire sont souvent très banals. Une facture qui traîne, un déchet sur le bord de la route, un verre vide... tout est matière à quelque chose!!